[Dépêches]

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Jour 6 : Dimanche 30 janvier

 

Tout comme la nuit dernière, le vent s'est levé vers 3h du matin. Vers 4h30, ça bougeait vraiment fort... et au réveil à 7h, ça ne s'est évidemment pas calmé. Nous décidons tout de même de lever le camp et d'essayer d'atteindre la cabane de Grahogdbu qui se trouve 14km au Nord-Ouest de notre position; par rapport à hier la situation est tout de même meilleure puisque le ciel est dégagé et la visibilité est bonne.

Bruno prépare le déjeuner pendant que je déblaie les pulkas et la tente. Après le déjeuner, nous remplissons rapidement les pulkas. Reste à démonter la tente, ce qui n'est pas une mince affaire avec des vents pointant à 40km/h. A 10h45, nous sommes prêts à partir, la question est de savoir si nous enlevons une couche d'isolation thermique... pour démonter la tente et ranger les pulkas nous avons mis nos deux polars, polypropylène et veste (+cagoule et masque tempête), ce qui n'était pas de trop. Par contre en marchant, on va peut-être avoir trop chaud. Finalement, on décide de tout garder, ce qui n'était pas une bonne idée**.

Nous marchons avec le vent entièrement de face ; la progression est difficile. Pour regarder la carte il faut faire demi-tour avec les pulkas pour avoir le vent dans le dos. A mesure qu'on avance, on a de plus en plus chaud au buste... on ouvre alors partiellement la veste mais la neige soufflée s'insinue partout, et il devient alors difficile de garder le capuchon bien ancré sur la tête. On a l'impression de ne pas avancer.

Les pauses pour manger et pour boire sont trop rares, ce qui fait qu'on se fatigue d'autant plus vite. Les derniers 4km se font avec le vent de travers, ce qui facilite peut-être l'avancement mais refroidit plus le visage. Le chasse-neige devient plus important (l'épaisseur de la couche de neige soufflée augmente). Finalement, la cabane apparaît au loin... c'est alors que je remarque que Bruno commence une engelure au bout du nez (il faut dire qu'avec le vent la température ressentie descend jusque -35°). En passant la cagoule sur son nez, l'exposition est réduite. Il est vraiment temps d'arriver, mais on a l'impression que la cabane ne s'approchent pas. A 4h30 nous arrivons enfin, exténués physiquement et moralement. Nous nous reposons un peu devant le poêle avant de décharger les pulkas.

A 18h15, alors que nous n'attendions plus personne (nous étions seuls jusqu'à ce moment-là), un groupe de 8 Anglais débarque; bref, il y a de l'animation. Tout le monde s'installe et essaie de faire sécher ses affaires. Nous attendons que les Anglais aient fini de faire leur souper avant d'entamer le nôtre (fondre de la neige pour 8, prend un certain temps...). En tout cas, demain sera une journée de repos. Nous nous endormons vers 22h00 alors que les Anglais discutent encore.

** La règle à suivre est de partir en ayant froid, en marchant on se réchauffe de toute façon rapidement (règle facile à énoncer mais difficile à appliquer). Ce qu'il faut éviter à tout prix, c'est de transpirer : d'abord parce qu'on perd de l'eau inutilement, ensuite parce qu'on mouille les vêtements difficilement séchables.